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Officiellement,
le juge américain Thomas Hogan a donc décidé
mercredi soir d’envoyer en taule la journaliste du New York Times,
Judith
Miller

pour avoir refusé de dévoiler ses sources dans
l’affaire Plame. Officieusement, elle pourrait très bien avoir
accepté la prison pour éviter de devoir donner les noms
des responsables de la Maison Blanche qui lui avaient "généreusement"
balancé l’info.

Un
autre journaliste
Matthew
Cooper
,
du Time magazine, était lui aussi menacé
d’incarcération,mais a évité la prison en
acceptant de témoigner devant le grand Jury. Judith Miller
pourrait rester en prison jusqu’en octobre, c’est-à-dire
jusqu’à la fin du mandat du grand Jury. Mercredi devant la
cour, Judith Miller a déclaré que  "Si on ne
peut pas faire confiance aux journalistes pour qu’ils garantissent
la confidentialité de leurs sources, alors les journalistes ne
peuvent pas exercer leur métier. Il ne peut pas y avoir de
presse libre"

Retro-actes:

Personnellement,
Judith
Miller

n’a jamais rien écrit dans cette affaire criminelle (révéler
le nom d’un agent de la CIA est un crime aux USA) puisqu’elle n’a
fait que rapporter oralement des témoignages qu’elle avait
recueillis accréditant les propos publiés dans un
article écrit par Robert Novak dans le Washington Post et qui
mettaient en cause deux "senior administration officials".

Valérie
Plame est quant à elle l’épouse de Joseph C. Wilson,
un ancien ambassadeur américain qui s’était fendu d’un
article (dans le New York Times) où il estimait que Bush avait
exagéré les preuves d’un programme d’armes de
desruction massive irakiennes pour entrer en guerre. Il visait
particulièrement un rapport faisant état que
l’Irak avait tenté de ce procurer du matériel nuclaire
au Nigeria, un rapport qui fut immédiatemment identifié
comme un faux grossier, mais qui fut repris par Bush dans l’un de ses
discours quelques temps avant le début des hostilités.

Ces
derniers jours, le nom de Karl Rove est ensuite revenu plusieurs fois
sur la table. Autant dire que cette histoire emmerde méchamment
le locataire du Bureau Ovale puisqu’il s’agit d’un de ses bras
droits, catalogué néo-conservateur et fervent partisan
de la guerre en Irak.

De
là à imaginer que Rove, et/ou d’autres ait voulu se
venger en balançant à la presse le nom de la gonzesse
du fouteur de merde qui bossait à la CIA (et ainsi lui niquer
sa carrière), il n’y qu’un pas que je ne franchirai pas.

Jusqu’ici,
il y aurait de quoi crier à l’inadmissible et à hurler
que le journalisme sans le secret des sources, c’est comme une bite
sans couilles: ça bande mou et ça tire à blanc.
Oh rage, oh désespoir ! Nos médias traditionnels ne se
priveront d’ailleurs pas dès demain de regretter cette
décision retrograde et liberticide. Et ils ont quelque part
bien raison.

Sauf
que l’histoire pourrait bien être un chouia plus complexe.

Judith
Miller a été plusieurs fois mise en cause pour avoir
écrit des articles
confirmant
la présence

de matériel nuclaire en Irak en se basant sur des infos
récoltées sous le sceau de l’anonymat (qui se sont
révéles ensuite venir de l’actuel premier ministre
irakien

Ahmed Chalabi

et de son entourage). A l’époque de la pré-guerre,
(août/septembre 2002) ce genre d’infos était du pain
béni pour l’administration Bush et elles se sont très
vite retrouvées dans la bouche de Colin Powell, Condoleezza
Rice et
Donald
Rumsfeld
pour
justifier "la démocratisation" de l’Irak.

En
1986, Miller avait déjà fait l’objet d’une contreverse
pour avoir participé à un campagne de désinformatoin
sur la Libye orchestrée par l’administration Reagan.
Bob
Woodward

(cfr le
Water
Gate
)
avait d’ailleurs à l’époque écrit un papier sur
cette stratégie.

Miller
a en outre partagé le prix Pulitzer 2001 pour ses enquêtes
sur Oussama Ben laden et Al-Quaïda. Elle a aussi reçu une
lettre à l’antrax, mais y a survécu tout en analysant
la chose comme étant l’oeuvre du terroriste number One.

Cet
article
(à prendre avec quelques pincettes vu son origine), détaille
les multiples accointances de cette dernière avec le
Pentagone.

De là à
dire que la dame Miller a accepté d’aller en taule pour
couvrir ses potes de l’administration Bush parce qu’elle sait qu’ils
savent se montrer généreux avec ceux qui bossent pour
eux et que d’ici octobre beaucoup d’eau peut encore passer sous le
Whitestone
Bridge
,
il n’y a qu’un autre pas, que je ne franchirai pas non plus.

Bref, un joli sac
de noeuds qui me semble bien trop facile de résumer au
"simple" (mais pour autant plus que légitime) droit
au respect du secret des sources.

Pour conclure,
voici un petit état des lieux en la matière chez nous,
via la Fédération Française des Agences de
Presse, avec quelques
exemples
où la justice s’est penchée sur le droit au secret des
sources, en France, en Belgique, au Portugal, en Norvège et
aussi aux USA.


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